A Lyon 1, les futurs médecins apprennent à parler avec les mains

MARS2011-28

Leurs yeux écarquillés témoignent qu’avec quelques dizaines d’heures de cours il reste difficile de suivre une conversation entre « pros » de la langue des signes française (LSF). Mais l’option reste indiscutablement plus sympa que « anthropologie du soin » « C’est plus concret et cela peut nous être plus utile », sourient Violaine et Agathe, étudiantes en 5 e année à la faculté de médecine de Lyon.

 


 

Très demandée, l’option mise en place à la rentrée 2009 compte soixante places mais pourrait recruter facilement cent candidats, estime son responsable, le Pr Eric Truy. Mais le chef du service d’otologie de l’hôpital Edouard-Herriot ne souhaite pas « l’hypertrophier ». Ces soixante heures n’apportent qu’une « initiation », débouchant sur une certification de niveau 1… sur 6. « Ceux qui veulent aller plus loin devront poursuivre », explique l’enseignant de l’université Lyon 1. A en croire Bernard Lagarde, leur professeur de LSF, « très fier » de ses élèves, ils ont justement « envie d’aller plus loin ». « Ils apprennent très vite, veulent toujours connaître plus et demandent des choses très précises », explique ce membre de l’ALLS (Association lyonnaise de langue des signes). Lequel leur fait croire qu’il est sourd afin de les obliger à s’exprimer en LSF sans jamais parler du premier au dernier cours ! Ancien infirmier, l’enseignant a réalisé pour eux un mémento avec les termes médicaux les plus courants exprimés en LSF. « Le vocabulaire existe pour la plupart des choses sauf certains examens pour lesquels on se signe », précise Bernard Lagarde en mimant une piqûre au doigt pour traduire le diabète. « La difficulté pour les entendants, c’est de changer le son en image », sourit-il. Mis en place à la demande des associations, ce cours doit permettre de réduire les difficultés d’accès aux soins de certaines personnes sourdes. « Il existe de nombreuses techniques d’appareillage mais elles ne sont pas possibles pour tous les patients et certains les refusent. Ces personnes peuvent avoir des difficultés d’accès aux soins », explique le Pr Truy. Un projet est en cours au CHU de Lyon pour créer à HEH une consultation en LSF au sein du service de médecine générale comme cela existe déjà à Grenoble, Paris et Marseille. Mais « c’est difficile à mettre en place. Il faut évaluer les besoins et recruter les perles rares », ne cache pas le médecin.

Au-delà du bénéfice apporté aux personnes sourdes, cet enseignement est aussi l’occasion pour les futurs médecins de réfléchir à leur relation avec tous les patients. « La LSF permet d’être un peu plus à l’écoute des autres. On est obligé de se découvrir vis-à-vis de l’autre », souligne Bernard Lagarde. « On essaye de plus expliquer. On se rend compte que ce qui est simple pour nous ne l’est pas forcément pour le patient », remarque Violaine qui a déjà eu l’occasion de pratiquer la LSF avec deux patientes lors de ses stages. « C’est un plus pour notre pratique », estime la jeune femme qui a bien retenu la leçon de ses maîtres : « Apprenez à écouter avec vos yeux. »

 

Source : http://www.leprogres.fr © 25 Mars 2011 à Lyon

 

 

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